En place depuis trois ans, l’équipe à la tête de la Ligue de Squash des Pays de la Loire Officiel souhaite développer le squash féminin. En attendant le tournoi du D’Sport & Co dans quelques semaines, l’instance régionale était partenaire du Ladies Open samedi dernier. Le tournoi, qui a vu la victoire de Léa Barbeau au Playground d’Angers, a été une grande réussite.
« Si on nous avait dit ça il y a quelques semaines, on aurait signé tout de suite, » confie Nicolas Barbeau, arrivé il y a quelques mois au Angers PlayGround afin de relancer une dynamique associative en sommeil depuis deux ans (voir l’article ÇA BOUGE AU PLAYGROUND). 38 joueuses en provenance de toute la France (avec une mention aux six Vannetaises de l’Association Ty Squash) dont sept premières séries, « on pouvait difficilement espérer mieux, même si le forfait de Romba Elise (n°8 française), malade, a été une petite déception. » Nicolas travaille main dans la main avec Anthony Murphy, gérant de la structure. Leur objectif ? « Créer une synergie entre le loisir et la compétition, qui ne sont pas incompatibles bien au contraire. » L’organisation de tournois comme celui de samedi permet de « créer une spirale positive au sein du club, qui incite les gens à s’impliquer encore davantage, » ajoute-t-il en remerciant tous ceux qui ont apporté leur aide le weekend dernier, « particulièrement Jérémy Dubois et Gégène Delano. » Membre de l’équipe féminine, cette dernière a obtenu le meilleur résultat parmi les sept engagés du Playground (un tournoi masculin était organisé en parallèle), avec une 4ème place dans le tableau B.
En demi-finale, Eugénie s’était inclinée face à la tête de série n°1, Sandrine Gourdier (n°110 française). Celle-ci avait fait le déplacement « pour le côté sportif, mais aussi parce que c’est une belle initiative de relancer une association. Et je ne dis pas ça parce que Nico est à côté de moi, » affirme en souriant celle qui est désormais installée à Bayonne après avoir défendu pendant plusieurs saisons les couleurs du Sporting Club Metz – Squash. « C’est bien que des clubs se bougent pour développer le squash féminin. Certes, il y a quelques tournois de ce genre au cours de la saison, mais 38 participantes on ne voit pas ça tous les jours quand même. J’espère que le Ladies Open d’Angers deviendra un rendez-vous incontournable au calendrier, au même titre que le tournoi des Déesses, l’open d’été du Squash Royan Atlantique, les Ombrelles à Antibes et quelques autres … » Côté court, Sandrine s’est inclinée en finale face à l’Antiboise Mandine Btz, mais retient avant tout le fait d’avoir disputé « trois bons matches, et à chaque fois à l’heure (rires). » Lorsqu’on lui demande si elle a apprécié un match plutôt qu’un autre en tant que spectatrice, la réponse fuse. « La finale du tableau A, évidemment ! Léa (NDLR : Barbeau, fille de qui vous savez) s’est vraiment arrachée pour revenir. Comment Nico a-t-il vécu ce match ? Le défibrillateur n’était pas loin, mais pour être honnête il était déjà bien pâle pendant la demi-finale ! »
Afin de se concentrer sur l’organisation – et les matches de sa fille – Nicolas avait non seulement confié le juge-arbitrage « aux petits oignons » à Gregory Corigliano, mais aussi décidé de ne pas disputer le tournoi masculin. « Je crois que Léa n’aurait pas dû jouer non plus, ça m’aurait évité un ulcère ! » Déjà vainqueur à l’arrachée de Noellie Boden (n°12, soit deux rangs devant elle) en demi-finale, la joueuse du Mulhouse Squash Club s’est retrouvée menée 2-0 en finale contre Ninon Lemarchand (n°11), après deux premiers jeux très disputés (11-9, 16-14). « Pour être honnête, à ce moment là j’ai pensé que ça allait être compliqué de revenir, » raconte-t-elle. « Par contre, je me suis dit que ce n’était pas possible de perdre 3-0, et les encouragements de mon père – ainsi que de sa compagne Lili PtZls – m’ont aidé. Il m’a dit qu’on avait le même niveau, et que ça se jouait dans la tête. » Même si elles participent très souvent aux mêmes tournois, notamment les nationaux, Léa et Ninon ne s’était quasiment jamais affrontées. « C’est en partie parce que je suis plus âgée qu’elle, mais c’est vrai que c’est étonnant. Du coup je ne savais pas trop comment aborder le match, même si on s’est souvent entraînées ensemble le contexte était complètement différent. Mais j’ai réussi à appliquer ma tactique à partir du troisième jeu, et à prendre le dessus d’une façon que j’avais rarement ressentie auparavant. Gagner un match après avoir été menée 2-0, ça ne m’était pas arrivée depuis longtemps et c’est encore plus particulier dans une finale. »
Enchaîner deux matches en cinq jeux en quelques heures, Léa en a été capable en partie grâce au travail entamé depuis la rentrée à Mulhouse, en compagnie de Taba Taghavi Elle a plus d’expérience que moi, c’est très enrichissant d’être à ses côtés. »). Soutenues par le président du club Alsacien Thierry Jung, les deux joueuses mènent un triple projet, entre une formation BPJEPS (« on a des cours tous les matins, théoriques ou activités sportives, »), le développement du squash au sein de l’association et leurs propres entraînements. « Même si ça ne fait que deux mois, c’est encourageant de constater que le travail et les sacrifices paient déjà. On fait une ou deux séances par jour, en fonction de notre emploi du temps. Si ça a été une décision difficile à prendre ? Pas vraiment, car même si ce n’est pas facile de m’éloigner de mes parents, je voulais absolument trouver le meilleur environnement pour continuer le squash. » Car Léa a fêté ses 19 ans il y a quelques jours, synonyme de la fin de sa carrière en junior. « Je suis un peu triste que cette période soit terminée, mais je souhaite maintenant me lancer sur le circuit professionnel. C’est un défi personnel. » « Il y a des exemples de filles qui n’ont jamais été championnes de France et qui font une belle carrière, » souligne son père. « Comme dit Paul Sciberras, tous les chemins mènent à Rome mais certains sont plus encombrés que d’autres … » « Il ne me reste plus qu’à prendre ma licence PSA et à établir mon calendrier, » ajoute Léa. « Je suis consciente que ça ne va pas forcément être plaisant au début : c’est difficile d’intégrer les tableaux, et il faut être prête à faire de longs déplacements et repartir immédiatement en cas de défaite au premier tour. Il y a les invitations, mais on est limitée à deux par saison. » L’une d’entre elle sera certainement à Mulhouse (6 000 $), début avril. Et pourquoi pas à Angers ? Nicolas Barbeau a profité du Ladies Open pour annoncer la tenue d’un tournoi international en octobre 2020 au Playground. « Je ne sais pas encore s’il sera masculin ou féminin, » glisse celui qui en avait organisé quatre au Squash du Lac de Maine entre 2014 et 2017. Affaire à suivre …
Article de Jérôme Elhaïk (Photos Nicolas Barbeau)
Rendez-vous à la mi-novembre pour un article de présentation du tournoi féminin du D’Sport & Co, qui aura lieu le vendredi 20 décembre.